Carnet de voyage: Trip to Daloa – Part 3.

La coutume veut que chaque pèlerin avale une gorgée de lait à son retour de la mosquée. Après quoi, il s’installe dans un fauteuil, entouré de quelques membres de sa famille. Pour le louer, des chanteurs religieux et aussi des griottes entament des cantiques dont le refrain est repris par l’assemblée du jour. Puis, quand la parole lui est enfin donnée, le pèlerin récompense son auditoire de bénédictions: longue vie, bonheur, mariage, travail, mais surtout piété, foi et voeu de pèlerinage pour tous. Il faut dire que le pèlerinage est l’un des piliers les plus difficiles à accomplir, pour des raisons économiques particulièrement. Alors chaque retour de pèlerinage est considéré comme un grand bonheur par tous les proches, qui saluent la chance dont la personne aura bénéficié. La cérémonie se poursuit avec la restauration de l’assemblée. Après quoi, les remerciements de part et d’autre clôturent les festivités. C’est assez éprouvant pour le pèlerin, qui doit faire un véritable parcours à pied, sous le chaud soleil et les cris de la foule. J’avoue qu’au bout de 2 ou 3 kilomètres de va-et-vient, je ne sentais plus mes pieds lorque nous sommes rentrés à domicile. J’ai d’ailleurs manqué la fin de la cérémonie; épuisée, je me suis effondrée sur le lit de mamie…

C’est d’ailleurs elle qui me réveille au crépuscule avec de petites tapes; il est l’heure de la prière. Derniers visiteurs du soir, dernières bénédictions et en route pour voir l’autre mamie. Là, un festin nous attend: j’ai le choix entre un bon placali et des frites de banane plantain, affectueusement appelées Aloco, agrémentées de viande. Mon choix est éclair, va pour l’aloco. J’accompagne tout ça d’un verre de boisson à base de gingembre. Je commence à bailler, alors qu’autour de moi la ville semble s’éveiller de nouveau. Les vendeuses de poisson braisé, d’atiéké et poisson frit, de salade commencent leur commerce, et les clients s’agglutinent autour de leurs tables. Les rues sont pleines d’enfants de très bas âge, parfois pas plus de 3 ans, qui s’amusent à se poursuivre, crient et pleurent. Daloa semble vivre plus fort la nuit. Je dis bonne nuit à mamie, aux tantes et cousines, une douche pour me débarrasser de la poussière et hop, au lit. Il est 22 heures.

5 heures 15, le clapotis des gouttes, rosée matinale. La douche froide finit de me réveiller. Dehors, la brume recouvre l’horizon et l’air est frais. Dans la cour, à peine le soleil levé, tous les enfants sont déjà debout, un trait de khôl sous l’oeil. La ville s’active. Le petit déjeûner ce matin est tout fumant: soupe de pattes de mouton, du pain et du thé. L’ambiance est joviale, les enfants se disputent des bonbons. Derniers entretiens avec la grand-mère, à qui nous réussissons à soutirer des morceaux de pagne, pas sans peine et sous l’oeil vigilant de son ange gardien attitré, sa fille. Effusions, bénédictions et c’est le départ. La voiture est maintenant pleine. Le temps de faire le plein de carburant, contrôle de routine au corridor avec un sourire radieux décoché au sergent, puis nous sortons de la ville. Il est 9 heures 30.

Ici et là, quelques terres brûlées témoignent de la continuité d’une technique agricole dont les conséquences sont pourtant nocives pour l’environnement, car elle peut mener à une dégradation durable des sols. Des arbres aux fleurs rouges éclairent la savane. Des cyclistes avancent péniblement en dandinant sur les pentes rudes. Des groupes de femmes et d’enfants transportant des fagots de bois ou des denrées ramenées des champs marchent rapidement le long des voies. Des vendeurs de régime de banane nous font signe de la main, nous nous arrêtons. Les prix sont tellement intéressants que le coffre est très vite rempli. 3 minutes plus tard, nouveau stop. Des oranges juteuses rejoignent le peu de place qu’il reste dans le coffre, puis on repart. Plus loin, des équipes coupent les herbes qui bordent la route. La pancarte indiquant le parc de la Marahoué donne envie de faire le détour, mais c’est sans espoir. Pas le temps de s’arrêter à Bognonzra. Un barrage policier, sans doute illégal. Le car devant nous ne s’arrête même pas.

Malgré le mauvais état de la route, je prend plaisir à observer le paysage environnant. Chaque village traversé est unique. J’ai peine à croire que certaines des personnes que nous croisons n’ont sans doute jamais été très loin de là où elles vivent. Elles n’ont aucune idée de ce que le monde extérieur offre.

En entrant dans Bouaflé, nous croisons des véhicules faisant campagne pour les élections législatives, affiches collées sur le capot.

Le soleil est maintenant haut au-dessus de nos têtes. Une pancarte « Drive slowly » indique la présence d’un camp de l’Onuci, peu après la sortie de la ville que, nous avons contourné. Les éternelles tentes blanches sont bien dressées, secteur protégé par des fils barbelés.

Kpetoukro…

Un nuage forme un mouton, comme pour confirmer que je traverse la campagne. Souvent, les herbes sont su hautes qu’elles forment une haie de chaque côté de la route.

Nouveau passage dans Yamoussoukro. Nous passons juste devant la cathédrale, ce qui me laisse le loisir de l’admirer et de la photographier. Ce véritable joyau est toujours aussi somptueux. Ici aussi, le début de la campagne fait son effet; grandes affiches publicitaires… La maison du parti, autre bijou architectural de la ville. Nous sortons déjà de Yakro. 11 heures 52.

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