Les femmes et la finance

En Afrique, comme partout dans le monde, la femme est considérée comme la gestionnaire des finances d’un foyer. C’est elle qui répartit les ressources en fonction des priorités de la famille.

A un niveau économique plus élevé, on peut remarquer que la femme n’est pas mise à grande contribution, considération faite des capacités de gestion qu’on lui attribue à un degré moindre, c’est à dire dans le cadre familial. Peu de femmes ont jusqu’à ce jour eu l’opportunité d’être à la tête d’établissements financiers en Afrique. Et pourtant, quelle contribution elle pourrait apporter dans le développement !

Pour traiter du sujet, dans un premier temps, nous essaierons de ressortir les différents niveaux de participations des femmes dans le milieu financier, et leur impact à ces différents niveaux.

Nous, les femmes, d’où vient notre argent?
Je vois déjà les hommes qui s’échauffent en disant « de notre poche ». Oui, on sait; d’ailleurs, si vous ne donnez pas, qui va nous donner? Donc c’est normal, n’est-ce pas les filles?

Bon plus sérieusement, d’un coté, nous avons celles qui travaillent, celles qui ont leur propres revenus, et qui, comme toute bonne féministe, sont très fières de dire qu’elles n’ont aucunément besoin de l’argent des hommes. Je souhaite à toutes les filles de pouvoir le crier haut et fort: « Oui, je me suffis financièrement ». ça, c’est réglé.
De l’autre, nous avons les femmes au foyer, qui ne rapportent peut-être pas de sous, mais qui fournissent un énorme travail bien souvent sous-estimé. Cette catégorie de femme n’ont de ressources financières que celles que leurs maris veulent bien leur accorder, et comme on sait qu’ils sont… hum hum! Bref…
Mais, il y a la catégorie au milieu, celles qui ont une source de revenu, mais insuffisante pour tout gérer financièrement. Là encore, c’est bien entendu le mari qui jouera le rôle de support.
Ca, c’est à un niveau restreint.

A un niveau plus large, les femmes sont grandement impliquées dans les finances d’un état, même si on ne le voit pas, ou qu’on le mentionne très peu.
Dans nos pays africains, une grande partie de l’économie est basée sur le secteur informel, et qu’est-ce qu’on appelle secteur informel? C’est toutes les petites activités et services qui ne sont pas structurés par les états: jardinage, bricolage, mais aussi pêche, récupération et transformation d’objets, etc. Ca concerne aussi, et c’est le plus important, le commerce en détail, artisanat, agriculture, élevage, restauration, hôtellerie, coiffure.
Le secteur informel est le domaine de prédilection des femmes. Au Burkina Faso, par exemple, elles y sont majoritaires à plus de 58%. Pourquoi? Tout simplement, parce que pour y avoir accès, les conditions sont très simples; la raison majeure est surtout que la plupart de ces femmes ne sont pas scolarisées, et il est plus facile de se « débrouiller » quand on n’a aucune qualification.
Partant de là, on ne peut pas nier le fait que les femmes jouent un grand rôle dans l’économie des pays africains (et du monde d’ailleurs).

A ce niveau donc, la question qu’on doit se poser, c’est « quels sont les instruments financiers dont elles disposent? ».

Tout d’abord, abordons le thème de la microfinance. Qu’est-ce que c’est?
De manière globale, elle représente un ensemble de produits financiers mis à la disposition de personnes qui, dans un environnement économique tel que nous le définissons généralement, dans la société normale, n’auraient pas accès au système financier. Comprenons par là les populations pauvres, des pays en voie de développement ou sous-développés.
Les femmes sont en quelque sorte à la base de la naissance et de l’expansion de la microfinance. Muhammad Yunus, économiste, a fondé la première instituion de microcrédit, la Grameen Bank et développé le système de petit crédit à caution solidaire en s’appuyant sur le vécu de femmes pauvres au Blangladesh, ce qui lui a valu de recevoir d’ailleurs le prix Nobel de la Paix.
Chacun d’entre nous a déjà entendu sa mère, soeur, tante, ou cousine évoquer le mot tontine au moins une fois dans sa vie. Le système de tontine, dans le sens « africain » du terme, en gros, ça fonctionne comme une épargne. Plusieurs personnes se réunissent, en général des femmes, pour mettre dans un fonds commun une somme fixée au départ, pour une période déterminée. Chacune à son tour empoche la somme recueillie, à périodicité aussi déterminée à l’avance. Le but des tontines en Afrique est généralement d’aider les participants à démarrer une activité source de revenus. La tontine a donc une valeur économique, en tant que source de financement.
La tontine fait partie de tous ces mécanismes d’épargne informelles utilisés par des femmes pauvres et qui existent partout dans le monde.

Le changement du terme de Microcrédit à celui de Microfinance révèle l’importance que ces différentes méthodes d’épargne et de prêt revêtent dans l’amélioration des conditions de vie des pauvres, et particulièrement des femmes.

Les organisations financières et étatiques réfléchissent depuis longtemps à la mise en place d’un système financier qui se baserait sur ces pratiques informelles. L’objectif, c’est de créer des services spécifiques qui prennent en compte à la fois les responsabilités des femmes au sein d’un foyer, et les contraintes sociales et culturelles. C’est-à-dire, d’une part, leur permettre de conserver leur épargne indépendamment des époux, qui n’auront plus main mise sur ces fonds là; ça leur donne en plus un certain pouvoir de négociation, et plus de liberté, mais ça, on en reparlera plus loin. D’autre part, elles pourront épargner en tenant compte cette fois de dépenses ultérieures qu’elles peuvent prévoir ou pas, comme les soins de santé, ou encore les frais de scolarité de leurs enfants.
En plus de ces outils, l’objectif est de financer des activités rémunératrices pour les femmes.

Pourtant, la microfinance ne fournit cependant pas toujours la solution à leurs besoins précis. Il faut donc que nos états s’activent pour permettre une plus grande ouverture des sources de financement aux femmes.

Alors, est-ce qu’au-delà de leur permettre une meilleure gestion des ressources, ces systèmes financiers apportent autre chose aux femmes?

Au-delà de la fonction économique, la tontine permet de tisser des relations sociales entre amis, collègues, voisins, sur une base de confiance. Elle a donc une valeur sociale de grande importance, dans une époque où les sociétés s’individualisent de plus en plus.

Le fait que les femmes soient plus responsable et à même de gérer leurs ressources financières leur octroit plus de liberté, en ce sens qu’elles peuvent prendre des décisions qui nécessitent une sortie d’argent, sans avoir à en référer automatiquement à leurs époux. Ceci augmente leur pouvoir de décision et de négociation au sein du couple.
Cela permet aussi d’amortir le choc en cas de séparation ou de divorce. Bien souvent, les femmes se retrouvent sans la moindre ressource quand elles se séparent de leur conjoint, parce qu’elles n’ont pas de moyen de subvenir à leurs besoins. Les systèmes de financement leur permet de se prendre en charge quand ces situations arrivent.

Voilà globalement, comment se porte la relation femme-finances en afrique. Espérons que les mécanismes évoluent continuellement en adéquation des besoins essentiels des femmes, et contribuent à leur émancipation aussi bien financière que sociale.

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