Une langue nationale en Côte d’Ivoire?

J’ai pu participer à une émission culturelle, un débat autour « du poids des traditions sur la société actuelle » sur la Radio Panache, créée et animée par des jeunes. Au cours des discussions, la question de langue, en tant que caractéristique de la culture a été abordée. Les participants d’origines africaines diverses, ont fait une halte sur l’intérêt d’en imposer une dans les pays qui se sont formés à partir de peuplades venus d’horizons différents. Inévitablement, les esprits se sont légèrement échauffés quand le cas de la Côte d’Ivoire a été évoqué. Je n’ai pas résisté à l’envie de développer la question.

Petit rappel sur la Côte d’Ivoire…

La Côte d’Ivoire se compose de groupes ethniques provenant de plusieurs régions d’Afrique, et détient pas moins de 60 langues distinctes. La plus courante serait sans doute le Dioula, langue de commerçants pratiquée par le groupe Mandingue, et qui a fini par se vulgariser au fil des déplacements dudit groupe.

D’un avis personnel, il y a 10 ou 15 ans, j’aurais été d’avis qu’on nous apprenne à l’école une langue, et même plusieurs, dans le seul but d’apprendre à connaître par l’occasion de manière plus profonde les peuples dont elle(s) est(sont) issue(s). Aujourd’hui, les tensions sociales engendrées par le climat politique ont poussé, comme je l’ai indiqué dans un article précédent, à la scission entre ces différents groupes ethniques sur fond de crise politique. Je ne saurais imaginer comment on pourrait imposer à l’ensemble de la population, l’apprentissage d’une langue, et si plus est, qui se retrouve directement concernée par la tension qui règne.

Il est peut-être vrai que nous devrions prendre en considération la nécessité de promouvoir nos langues nationales, non pas dans le but de les imposer, mais plutôt d’aider les jeunes générations qui n’en ont pas eu l’usage régulier, et qui, par conséquent, ne maîtrisent pas les vecteurs de communications propres à leur groupe ethnique d’origine. Le rôle revient aux leaders communautaires, aux organisations culturelles, mais aussi aux politiques, de mettre en place des procédures pour l’intégration de ces traits culturels au sein du système éducatif et culturel du pays.

Pour ma part, je peux toujours faire une proposition: on a le NOUCHI…

2 réflexions au sujet de « Une langue nationale en Côte d’Ivoire? »

  1. En faisant des recherches sur le net, je suis tombé sur votre « posting » ( ça se dit non) sur la question des langues en Afrique. Je dois vous avouer que j’ai été séduit par votre aisance stylistique.Souffrez Madame, que je vous dise que vous écrivez extremenent bien. Ma réponse, comprenez la comme une tentative pour engager la conversation avec un esprit, dont le visage se rapporte à la plume(age). A part, bien entendu, le clin d’oeil comique sur le Nouchi, je crois que vous développez un raisonnement pertinent. Permettez-moi, cependant de vous contredire gentiment sur trois petits points.
    (1) Il est vrai que le contexte politicien rend toute politique linguistique impossible. Peut-être aussi, est-ce l’absence de cette politique linguistique qui envenime la situation.
    (2) La théorie des 60 ethnies en Côte d’ivoire est née, je crois, de la volonté de séparer les inséparables. Dans des efforts mis en place par nos ainés (je veux dire la première génération des lettrés africains) à se prévaloir d’une certaine représentativité, ils ont insisté à faire la différence entre les agnis bona, les agnis de l’indénié, ceux du Djuablin et ceux d’aboisso. De même pour les baoulé ( kode, nanafouê –j’en invente sûrement). Pour eux, représenter un groupe particulier constituait une aubaine car ils pouvaient s’assurer un rôle politique.
    (3) Dans la réalité, de nombreux ivoiriens grandissent en parlant des langues qui ne sont pas les leurs. Par exemple, ce n’est peut-être pas de votre génération, de nombreux élèves ont passé leur adolescence dans les collèges loin de chez eux. Ils ont dû, pour la grande majorité, vivre chez des tuteurs et parler leur langue sans que leur personne n’en souffre.
    Après avoir dit tout ceci, je suis d’accord avec vous qu’il est un peu tard pour une politique linguistique véritable. En 1960, lorsque le taux de scolarisation était très faible, une telle politique aurait servi l’Afrique. Ceux qui s’attellent à soulever le problème partent encore de la croyance que contrairement aux autres peuples du monde, les Africains sont étanches à la lange française et que le développement de l’Afrique ne peut s’accomplir dans cette langue. Je crois que pour nous- et surtout des gens qui écrivent et parlent la langue aussi bien que vous, cette langue fait désormais partie de leur ADN. De ce point de vue, le Nouchi représente cet effort de personnalisation entreprise sur la langue.
    Bien à vous.
    Bouba Diakité
    Assistant Professor of French
    Franklin & Marshall College

  2. J’apprécie fort bien votre avis sur ce petit Post, écrit de façon instantanée, et je vous remercie de ces remarques si bienvenues.

    Je voudrais cependant revenir sur le deuxième point que vous avez évoqué, concernant la classification des 60 ethnies. Je persiste à croire qu’elle n’ait pas été faite nécessairement pour créer des séparations entres groupes « inséparables » comme vous le dites si bien, mais de façon à ce que ces groupes puissent d’une certaine manière conserver leur identité culturelle propre à la région dont ils sont issus. Mais je suis d’accord avec vous, que vivant ensemble dans le même pays, et au gré de la migration des populations et des mélanges qui s’en sont suivis, on ne devrait pas s’arrêter à une division basée sur l’ethnie. Elle n’a pas lieu d’être effectivement.

    Je vous remercie pour ce commentaire, et j’espère que nous aurons l’occasion d’échanger sur d’autres questions aussi intéressantes.

    Bien à vous.

    Mariam Diaby

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